
La plupart des temples Chams étaient dédiés à Shiva, vénéré ici sous son
aspect de linga ou phalus. Comme le reconnurent les premiers
archéologues qui s’intéressèrent à l’art cham, les temples chams n’ont
ni la beauté, ni la majesté des monuments khmers. Peut-être est-ce dû au
fait que le Champa n’accéda jamais au rang de grande nation
civilisatrice comme celle des
Khmers. Tout
comme les Khmers, les rois chams accordèrent une importance particulière
à leur déification, multipliant les statues à leur image avec les
attributs du dieu auquel ils désiraient être assimilés. Chaque édicule
consiste généralement en une tour carrée (klan) à plusieurs étages,
bâtis fortement en retrait l’un sur l’autre, et il est assez rare qu’un
temple de forme oblongue vienne varier la monotonie de ces édifices.
Ce qui caractérise le temple cham, c’est d’abord la symétrie et
l’absence de fenêtres. Sa forme symbolise le Mont Meru, royaume de
Shiva. Le premier étage des tours carrées s’élève sur un soubassement de
hautes murailles pleines. Du côté de l’Est, invariablement ; s’ouvre une
porte précédée d’une saillie importante, sorte de porche ou de
vestibule. C’est la seule percée du temple ; les trois autres cotés sont
ornés de fausses portes, imitant la vraie. L’étage supérieur, beaucoup
plus petit, répète cependant les formes du premier avec de fausses
niches figurant sur les portes , vraies ou fausses. Le troisième étage
sera plus petit encore, puis le quatrième ; le cinquième et dernier ne
sera qu’une pierre taillée ressemblant quelque peu à un obus. La
construction est toujours en brique, sauf pour les parties ou une pierre
plus dure est indispensable
.
Dans la décoration, on retrouve l’emploi de deux traits qui reviennent
presque constamment :
L’ogive, mais c’est une ogive plus proche du bulbe persan que de l’arc
brisé gothique ; jamais elle n’ouvre sur le vide.
L’acrotère : C’est une dalle de pierre encastrée à l’angle du fronton et
découpant sur le ciel une silhouette hardie. Les plus anciens sont
souvent en figure de femmes ou de monstres. Les plus récents
représentent des ailes ou des volutes compliquées, purement
ornementales.
· L’intérêt
de My Son
,
c’est que nous pouvons y découvrir un panorama de l’histoire de l’art
cham sur six siècles environ, et l’on distingue habituellement les
périodes suivantes :
Le style de Sambhuvarman :
Du Ve au VIe siècle. Ces monuments n’ont pas survécu. Ils dénotaient une
forte influence de l’Inde des Gupta
Le style de Vikrantavarman
:
My
Son E1
Les vestiges de My Son E1 remontent au début du VIIIe siècle et
s’arrêtent au début du IXe siècle. Représentatif de cette période, on
mentionnera un autel aux traits décoratifs représentant les étoiles à
neuf branches, des cercles concentriques, et d’autres figures
géométriques.

Hoa Lai :
Première moitié du IXe siècle. La décoration se fait plus dense et les
motifs plus diversifiés. Témoin de cette époque, les tours F1, A1, A2,
A3, F3, C7. Ces tours figurent parmi les plus réussies avec des hauteurs
supérieures à 20 mètres..
Dong Duong :
De la seconde moitié du IXe au début du Xe siècle. Ce style influencé
par l’art bouddhique chinois correspond à la première grande période
bouddhique du royaume cham. La capitale d’Indrapura (à côté du site
actuel de Dong Duong) était située à une quarantaine de kilomètres de My
Son. Elle fût fondée par Indravarman II en 875. Ce roi avait construit
un immense sanctuaire bouddhique à Indrapura d’un kilomètre de
circonférence, mais dont il ne reste que des traces à peine
perceptibles. Indrapura fût détruite en 982. My Son conserve de cette
époque les tours A10 à A13, B2, B4, A4, E2, E3, E5.
My
Son A1 :
Xe siècle. Le style est plus aéré que le précédent. Les tours sont très
hautes et les décorations représentent des animaux et des dessins
ornementaux vivants. C’est la fin de l’apogée du style cham. Les
sanctuaires A9, A9 et l’enceinte du groupe A sont de cette époque, de
même les monuments B3 à B8 et B11 à B14, les éléments les plus
importants du groupe C1 à C5, ainsi que D1, D2,D4,D6.

Le style de
Po Nagar :
XIe siècle. Après le raffinement des lignes de e My Son A1, « la tour
cham, par appauvrissements successifs, va devenir une simple masse
cubique sans caractère » (tour E4). On l’appelle aussi parfois style
archaїsant de Harivarman III.
Le style de Binh Dinh :
Du
XIIe au XIVe siècle, la capitale est à Binh Dinh ou Vijaya, à quelque
250 km au Sud de My Son, dans la région de Quy Nhon. Les temples sont
très grands, mais austères. Cependant, la tour centrale du groupe A de
My Son est l’un des plus beaux monuments chams, et la plus importante
construction en brique de l’Inde extérieure. Les connaisseurs y
découvriront une influence javanaise à divers niveaux.
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